
« Je ne sais pas me vendre. »
C’est la phrase qui revient le plus souvent dans les messages que je reçois de praticiens. Elle est toujours dite sur le même ton, un peu gêné, comme un aveu qu’on préfère lâcher avant qu’on vous le fasse remarquer.
Elle repose sur un malentendu, et ce malentendu se corrige en une après-midi. Tout tient dans un geste simple : décrire ses séances.
« Je ne sais pas me vendre » n’est pas un défaut de caractère
La communication est un métier. Ce n’est pas le vôtre. Le vôtre est dans la pièce où vous recevez, ou derrière un écran si vous travaillez à distance. Personne ne vous a formé à écrire une page qui donne envie, et il n’y a aucune raison que ça vienne tout seul.
Ce qui bloque n’est donc pas votre pratique. C’est une idée fausse sur ce qu’on attend de vous.
La plupart des praticiens croient que se vendre, c’est apprendre à parler de soi. Raconter son parcours. Lister ses formations, ses certifications, l’année du premier module. Trouver les mots qui donnent envie. Ils s’y essaient, ça sonne faux à la relecture, ils effacent, et ils en concluent que ce n’est pas pour eux. Si cette question vous a déjà arrêté, elle est traitée à part dans l’entrée « Je n’aime pas me vendre ».
Pendant ce temps, ce qui se passe vraiment dans vos séances n’est écrit nulle part.
Ce que votre futur client cherche à savoir
Mettez-vous à la place de la personne qui vous découvre. Elle porte quelque chose de précis, un sommeil qui ne revient pas, un dos qui la bloque depuis mars, une période qu’elle ne sait pas nommer. Elle ne cherche pas un diplôme. Elle cherche à savoir si ce que vous faites a un rapport avec ce qu’elle vit.
Et elle cherche autre chose, qu’elle ne dira jamais à voix haute : à quoi elle s’engage. Combien de temps ça dure. Ce qui va se passer quand elle poussera la porte. Si elle va devoir se déshabiller, parler de son enfance, revenir dix fois.
Tant qu’elle n’a pas ces réponses, elle ne prend pas rendez-vous. Elle referme l’onglet.
Elle ne s’en va pas parce que vous n’êtes pas assez formé. Elle s’en va parce qu’elle ne sait pas où elle met les pieds.
Décrire ses séances : le trajet que vous connaissez par cœur
Regardez ce que vous faites déjà, sans rien changer.
Un client arrive avec quelque chose. Il repart avec autre chose. Entre les deux, il y a un trajet que vous pourriez décrire les yeux fermés : ce que vous demandez en premier, ce que vous faites à la première séance, ce qui se met en place à la troisième, ce que vous lui laissez à refaire chez lui entre deux rendez-vous.
Tout cela existe. Vous le répétez chaque semaine. Vous ne l’avez simplement jamais écrit.
Prenez une praticienne, disons Claire, qui reçoit trois jours par semaine depuis six ans. Elle sait qu’une personne venue pour des tensions dans le dos repart presque toujours avec deux mouvements à refaire le matin, et qu’à la deuxième séance la conversation glisse vers le sommeil. Elle le sait si bien qu’elle n’y pense plus. Sur son site, il est écrit qu’elle est certifiée depuis 2019 et qu’elle propose une approche globale de la personne. Les deux phrases sont vraies. Aucune des deux ne dit ce qui va se passer.
Voilà ce qu’il faut mettre sur votre site. Pas votre parcours à vous, le sien.
Ce n’est pas de la vente. C’est de la description.
Étape 1 : ce que la personne vient chercher, avec ses mots à elle
Reprenez vos dix derniers premiers rendez-vous. Qu’est-ce que les gens vous ont dit en s’asseyant, exactement ? Pas la version que vous en faites dans votre tête, la leur.
« Je dors mal depuis le déménagement. » « J’ai mal partout et on me dit que je n’ai rien. » « Je n’y arrive plus et je ne sais pas pourquoi. »
Ces phrases-là sont votre matière première. Une personne qui lit sa propre phrase sur votre page se reconnaît immédiatement, sans avoir à traduire. C’est aussi la raison pour laquelle le Vocabulaire du thérapeute bien-être compte autant : le mot de votre formation et le mot de votre client sont rarement le même, et c’est le second qui est tapé dans Google.
Écrivez cinq de ces phrases. Telles quelles. Vous venez de faire le plus difficile.
Étape 2 : ce qui se passe à la première séance
Racontez l’heure qui va suivre, minute par minute si nécessaire.
Combien de temps dure le rendez-vous. Ce que vous demandez au début. À quel moment on passe à la pratique. Ce que la personne ressent pendant. Ce qu’elle ressent en sortant, y compris quand c’est inconfortable. Si elle reste habillée. Si elle doit apporter quelque chose.
Ça paraît trivial à écrire. Ça ne l’est pas pour quelqu’un qui n’est jamais venu. La manière dont vous structurez une séance de thérapie holistique est une information rare, et elle vaut mille fois la liste de vos certifications.
Une règle simple : si vous devez le réexpliquer au téléphone à chaque nouvelle personne, c’est que ça doit être écrit.
Étape 3 : ce qui change au fil des rendez-vous
Combien de séances, en général ? Vous allez répondre que ça dépend. Bien sûr que ça dépend. Donnez quand même une fourchette et dites de quoi elle dépend.
« La plupart des personnes viennent entre trois et cinq fois. Certaines une seule. D’autres reviennent deux ans plus tard pour autre chose. »
Dites aussi ce qui se déplace entre la première et la troisième. Ce que vous voyez arriver, vous, et que le client ne remarque pas toujours sur le moment. Ce que vous lui donnez à faire entre deux séances, et pourquoi ça change quelque chose.
Nommez aussi ce qui n’arrivera pas. Beaucoup de gens redoutent d’être embarqués dans un suivi qui ne s’arrête jamais, et ils ne vous le diront pas. Écrire noir sur blanc qu’on fait le point ensemble à la troisième séance, et qu’on s’arrête là si rien n’a bougé, désamorce une inquiétude que personne ne formule au téléphone.
Une personne qui lit ça se projette. Elle ne se demande plus si elle va « perdre son temps », elle se demande quand elle commence.
Étape 4 : ce que le client emporte en partant
C’est la partie que presque personne n’écrit, et c’est celle qui décide.
Qu’est-ce qui reste, une semaine après ? Un geste à refaire, une façon de respirer, une phrase qui a débloqué quelque chose, un carnet, un rituel du soir ? Ce que vos clients gardent de vos séances est un sujet à part entière, et c’est là que se joue le fait qu’ils reviennent ou non : voyez la mémorisation des séances par vos clients.
Écrivez-le. Sans le promettre. « Beaucoup repartent avec un exercice de trois minutes qu’ils refont le soir » est une description. « Vous repartirez apaisé » est une promesse, et une promesse qu’on ne peut pas tenir se retourne toujours contre celui qui l’a faite.
Les trois questions à poser à votre dernier client
Si vous séchez, ne cherchez pas en vous. Demandez.
Reprenez la dernière personne qui vous a dit merci en partant, et posez-lui trois questions, par message ou à la fin du prochain rendez-vous.
- Qu’est-ce qui vous avait décidé à prendre rendez-vous, exactement ?
- Qu’est-ce qui vous a surpris, la première fois ?
- Qu’est-ce que vous en gardez aujourd’hui ?
Les réponses vous donneront des formulations que vous n’auriez jamais trouvées seul, parce qu’elles viennent de l’autre côté de la table. Recueillies proprement, elles alimentent aussi la preuve sociale, qui a un avantage sur tout ce que vous pourrez écrire de vous-même : ce n’est pas vous qui parlez.
Et ça tombe bien, parce que les gens lisent. Une étude publiée le 1er avril 2026 par l’institut Presence, sur 1 350 Français représentatifs, montre que 83 % d’entre eux consultent les avis avant de se rendre dans un établissement. Dans le secteur de la santé, ils sont 33 %. Un tiers des personnes qui envisagent de vous consulter sont donc allées lire ce que d’autres ont écrit sur vous, avant même de regarder vos tarifs.
Où ça s’écrit, concrètement
Cette matière ne sert à rien si elle reste dans un carnet.
Elle a trois endroits, dans cet ordre. La page de votre site qui décrit votre accompagnement, celle que les gens ouvrent après avoir lu votre titre. Votre fiche d’établissement, celle qui apparaît sur la carte quand on cherche votre pratique dans votre ville. Et votre page professionnelle sur le réseau social où vous êtes déjà présent.
Ces trois endroits doivent dire la même chose. C’est rarement le cas, et c’est un défaut coûteux : un profil de thérapeute qui annonce une chose et un site qui en annonce une autre laisse le lecteur trancher tout seul, et il tranche en partant.
Pour la formulation orale, celle des trente secondes où quelqu’un vous demande ce que vous faites dans la vie, c’est un autre exercice, traité dans présenter son activité de thérapeute. Ici, on parle de ce qui reste écrit et qui travaille pour vous pendant que vous êtes en séance.
Le moment est plutôt favorable, et voici pourquoi
Une enquête Elabe pour BFMTV, publiée le 26 août 2026, donne deux chiffres qui se lisent ensemble : 69 % des Français déclarent aller bien personnellement, et près de neuf sur dix estiment que le pays, lui, ne va pas bien. La même enquête relève que 79 % déclarent se serrer la ceinture.
Autrement dit : les gens vont bien et s’inquiètent quand même, et ils regardent à la dépense. Une personne dans cet état ne renonce pas à se faire aider. Elle veut savoir ce qu’elle achète avant de sortir sa carte.
Un praticien qui décrit précisément le trajet de ses séances répond exactement à cette prudence-là. Un praticien qui affiche ses formations lui demande de faire confiance sur parole.
Ce que ça donne, une fois fait
Vous n’avez rien appris de nouveau en lisant cette page. Vous connaissiez déjà tout ce qui précède : c’est votre travail, vous le faites toutes les semaines.
La seule chose qui change, c’est que ce sera écrit.
Et le jour où quelqu’un vous dira « j’ai lu votre page, c’est exactement ce que je cherchais », vous saurez que vous n’avez rien vendu. Vous avez juste arrêté de garder ça pour vous.
Questions fréquentes
Faut-il quand même parler de mes formations ?
Oui, mais pas en premier et pas en liste. Une ligne en bas de page suffit à rassurer celui qui vérifie. Les formations répondent à la question « est-ce sérieux », elles ne répondent jamais à la question « est-ce pour moi ». Or c’est la seconde qui décide du rendez-vous.
Et si mes séances ne se ressemblent jamais ?
Elles se ressemblent plus que vous ne le croyez. Le contenu varie, la structure non : il y a un début, un moment où ça bascule, une fin, et quelque chose qui repart avec la personne. C’est cette structure qu’on décrit, pas le détail de chaque séance.
Est-ce que décrire tout ça ne va pas casser l’effet ?
Non. Savoir qu’on va vous demander de vous allonger et de respirer pendant vingt minutes n’a jamais empêché personne de le vivre. En revanche, ne pas le savoir en empêche beaucoup de venir.
Par où commencer si je n’ai rien écrit du tout ?
Par l’étape 2, la première séance. C’est la plus facile à écrire, parce que vous la faites en boucle, et c’est celle qui manque le plus souvent. Une demi-heure suffit pour un premier jet.
Si vous préférez que ce soit fait pour vous
Écrire tout cela demande une après-midi, et surtout de relire ce que vous avez déjà, ce que personne ne fait sur ses propres pages. Si vous préférez confier le travail, La Vitrine reprend vos mots et ceux de vos clients, et réécrit vos pages à partir de là.
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